mercredi 30 avril 2008

Gonzo - Tombe le masque

Un jour, les masques tomberont,
Les faces se décomposeront,
Le fard et le rimmel couleront à flot,
Et des fleuves noirs de désespoir submergeront nos bâtisses éphémères,
Ils emporteront nos sièges et nos barricades
Et rompront l’équilibre d’un siècle ou d’un instant.

Un jour, nous serons mis à nu,
Nous les doux rêveurs et les fous à lier,
Nous les combattants d’un soir et d’une nuit,
Nous les révolutionnaires qui refaisions le monde…
Attablés dans un salon de thé.
Nous serons frères de sang au cours d’une guerre imaginaire.
Nous serons des singes grimaçant derrière les grilles sales d’une cage.
Nous serons des bêtes de foire à qui l’on lance des cacahuètes.
Nous serons des clowns tristes et pathétiques emprisonnés sous la tente d’un cirque.

Ce jour est passé et nous avons pris de l’âge.
Nos gueules d’anges idéalistes se sont flétries.
Nos faits d’armes ne sont plus que des photographies sépia dans des albums poussiéreux.
D’aucuns disent que le destin nous a joué un sacré tour.
Je persiste à penser que nous avons simplement fait notre temps.
Les masques sont tombés…
RIDEAU !

dimanche 27 avril 2008

Gonzo - Mona Lisa

Mona Lisa habite dans le trente-deuxième sous-sol de l’enfer, elle y hante les rues sordides de quartiers mal famés et s’y fourvoie parmi les âmes noires et décharnées des reclus de l’humanité. Son sourire énigmatique est une balafre tracée par un gay de la Renaissance, une strie amère et douloureuse qui, restée à vif, ne reflète plus que le vide d’un portrait somme toute assez banal… Mona Lisa, tu es une bourgeoise offerte à l’humanité qui entrouvre les lèvres avec concupiscence et esquisse un baiser érotique, mettant à jour une langue sanglante dansant la valse ou la salsa dans la bouche des mâles asiatiques visitant le Louvre. Mona Lisa, tu es la putain qu’un vol a rendue célèbre, tu es la Lilith dominatrice ou encore Norma Jean Baker, l’icône warholienne multicolore. Femme-objet, mercantilisée, bafouée et dépréciée, je te désire de tous les muscles de mon corps, je t’imagine nue dans la posture de l’Odalisque ou de L’origine du monde, le tableau fantasmé de Jacques Lacan. Mon verbiage inintelligible m’indispose, mais tu m’as fait tien. Tu harcèles mes pensées et oppresses mon esprit tourmenté… Je défaille en te serrant virtuellement, j’imagine ta peau chaude contre la mienne, mon sexe dur labourant tes hanches cambrées, mes mains sur tes seins opulents. Tu es une déesse irréelle que les siècles ont embellie, tu es un succube que je croise aux détours de mes rêves éveillés, tu es la mère que je désire… Mona, me permets-tu de t’appeler ainsi ? Tu es l’amie et la compagne qui remplissent d’amour mes nuits solitaires, tu t’insinues sous mes draps et dans ma couche et tu me fais croire au paradis et à ses quatre rivières… Je te bénis parmi toutes les génisses de ton sexe, je me nourris à ta mamelle et je m’assoupis, las et repu… Je suis Enkidu, dompté par la courtisane, je suis la bête poilue devenue homme civilisé. J’ai cédé devant les charmes de ce monde, j’ai vendu mon âme pour quelques copecks, je me suis prostitué et incliné devant la grande Babylone… Sauveur, où es-tu donc, toi le Messie que ses pairs ont renié, toi le juif barbu idolâtré par la moitié de l’humanité, as-tu fui devant Satan et ses légions damnées… Tu t’es défroqué, tu n’es pas mort sur la croix ; c’est une vérité indéniable puisque c’est écrit dans le Coran. « Alif. Lam. Mim. Voici le Livre ! Il ne renferme aucun doute. » Jésus et Mona Lisa sont les super-héros de notre ère, les icônes décorant nos foyers… Imaginons un renversement de situation improbable : la Joconde serait crucifiée sur le Golgotha, deviendrait la reine des Juifs et nous sauverait du péché originel ; Jésus, serait quant à lui, l’œuvre d’un sodomite lubrique, tenant sur une toile de dimensions moyennes ; il dévisagerait une foule anonyme dans un des musées les plus célèbres au monde.

Mona Lisa et Jésus, réunis pour le meilleur et pour le pire… leurs destins scellés et fusionnés. L’accouplement de deux superstars… Notre époque iconoclaste est une vaste voie ocre et aride où chaque jalon marque l’extinction d’un dogme. Elle a réduit à néant la foi et fait éclater les utopies, elle a brisé le concept de famille et a rendu la morale désuète. Nous somme marqués du chiffre de la Bête, nous hurlons à nous en arracher les poumons que nous sommes nés libres, mais nous restons aussi serviles que nos pères, nous courbons l’échine devant le monde. Nous consommons, nous travaillons et nous copulons… Quel immense progrès !

Gonzo - De l’opportunisme et du syndicalisme…

« Je suis pour le communisme,
Je suis pour le socialisme,
Et pour le capitalisme,
Parce que je suis opportuniste.

Il y en a qui contestent,
Qui revendiquent et qui protestent,
Moi je ne fais qu'un seul geste,
Je retourne ma veste, je retourne ma veste
Toujours du bon côté. »

Une de mes chansons françaises préférées est « L’opportuniste » de Jacques Dutronc. Son texte me ressemble à plus d’un titre car je n’ai, à vrai dire, pas encore de conviction politique bien affirmée… Je suis un funambule qui avance en équilibre instable le long d’une corde tendue au dessus de la mêlée des concepts politiques les plus abscons. Je ne peux que déplorer cet état de fait, mais je ne le nie en aucune façon.

La politique est-elle un mal nécessaire ? Mes mots sont fourchus et ils sentent le souffre. Je devrais en effet corriger par : la politique a-t-elle une utilité ? Beaucoup pensent que l’animal politique est une bête assoiffée de pouvoir et de reconnaissance sociale… Je ne dirais pas le contraire, mais peu importe à mon sens le motif inavoué, tant que cela aboutit à un changement. Je ne critiquerai pas un communiste qui, par son activité politique, aura engendré un mieux-être pour l’individu, comme je ne rejetterai pas un libéral ou un conservateur qui aura œuvré pour le bien commun. Peu importe l’orientation politique tant que le résultat est bénéfique pour la société. Je souscris actuellement à cette vision naïve car j’ai encore une mince confiance en l’homme et j’aime à donner à chacun sa chance, même si avouons-le, je suis un peu hypocrite dans mon propos.

Etymologiquement, la politique est la partie de la vie sociale qui consiste à se préoccuper de la vie de la cité au sens large. En ce sens, c’est une occupation noble puisqu’elle consiste à offrir de son temps et de sa personne pour le bien de tous… Ce propos est certes mielleux… La politique est aussi une arène ou s’affrontent les hommes, les partis et les idées. Etre un homme ou une femme politique, c’est être un gladiateur des temps modernes qui ne craint pas de recevoir un coup de lance au cours de la bataille.

Actuellement, à l’échelle du grand Tunis, un syndicat des internes et des résidents affilié à l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) est en cours de création. Il est mené par de jeunes hommes et femmes courageux qui espèrent améliorer les conditions de travail de ces deux corps : augmentation de salaire, repos compensateur, détermination de la tache exacte de l’interne et du résident, etc. Ce syndicat permettra aux futurs médecins de défendre leurs intérêts et de peser enfin sur l’échiquier hospitalo-universitaire. Selon mes sources, des élections devraient avoir lieu fin mai et devraient permettre la mise en place démocratique d’un bureau dirigeant, préalable à toute action future.

Etre syndiqué est-il un acte politique ? Les syndicats ont souvent une coloration politique déterminée : libérale, socialiste, communiste, etc. Néanmoins, dans le cas de ce futur syndicat qui sera amené à nous défendre, les élections permettront de déterminer les personnes qui détiendront les rênes du mouvement. J’espère que nous serons nombreux à nous mobiliser dans le cadre de ces élections. Etre syndiqué est dans notre cas un acte « politico-universitaire » qui consiste à s’affirmer et à exprimer son point de vue. Cela est d’autant plus nécessaire que des réformes ayant trait à notre cursus sont en cours.

mercredi 5 mars 2008

Vladimir Maïakovski - Ecoutez !

Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à
quelqu'un nécessaires?
C'est que quelqu'un désire
qu'elles soient?
C'est que quelqu'un dit perles
ces crachats?
Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu'à Dieu,
craint d'arriver trop tard, pleure,
baise sa main noueuse, implore
il lui faut une étoile!
jure qu'il ne peut supporter
son martyre sans étoiles.

Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d'être calme.
Il dit à quelqu'un :
" Maintenant, tu vas mieux,
n'est-ce pas? T'as plus peur ? Dis ? "
Écoutez !
Puisqu'on allume les étoiles,
c'est qu'elles sont à quelqu'un nécessaires ?
c'est qu'il est indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins
une étoile?

Andy Warhol - Chaise électrique (1967)

lundi 3 mars 2008

Charles Mingus - Interview en 1964 (extraits)

Charles Mingus (22 avril 1922 – 5 janvier 1979) était un contrebassiste, compositeur, et pianiste de jazz américain. Il était aussi connu pour son activisme contre le racisme. Il a apporté une contribution majeure au jazz, à la fois en qualité de compositeur et chef d'orchestre, mais aussi en tant qu'instrumentiste. De nombreux musiciens sont passés par ses différentes formations pour ensuite se lancer dans des carrières impressionnantes. Ses compositions, bien que mélodiques et marquantes, ne sont pas souvent reprises, ce qui est peut-être dû à leur caractère non conventionnel. (Source : Wikipedia)


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- Charles Mingus, un certain nombre de critiques américains paraissent nourrir à votre égard une hostilité de principe. Croyez-vous que celle-ci soit fondée uniquement sur des critères musicaux ou bien ne résulterait-elle pas plutôt de la virulence de vos prises de position sociales et politiques ?


- En réalité, je n’en ai aucune idée. Peut-être ne m’aimez-vous pas non plus. Les critiques ne peuvent supporter qu’un Noir leur parle ou se comporte comme le ferait un Blanc. Cela n’est d’ailleurs pas seulement vrai pour le domaine de la musique. Le même genre de problème se pose à moi presque continuellement dans ma vie de tous les jours. Dernièrement, je suis entré dans un magasin de Copenhague pour acheter une chemise. Le directeur de la tournée nous avait quittés un instant. J’ai demandé au vendeur de me présenter ce qu’il avait de meilleur. J’ai fait mon choix. J’ai payé puis, après avoir attendu un moment sans résultat, je me suis décidé à réclamer ma monnaie. C’est alors qu’on a refusé de me donner ce qui m’était dû. C’est scandaleux ! Les Blancs sont traités différemment. Quand ma femme, qui est blanche, va dans un magasin, il n’arrive jamais qu’on refuse de lui rendre sa monnaie. Moi, je me suis fait voler. J'ai payé 10 dollars une chemise qui n'en valait que 5 et, par-dessus le marché, je ne suis pas parvenu à récupérer mon argent. Il paraît que le vendeur n’a pas apprécié la manière dont j’ai formulé ma réclamation. Mais l'histoire ne s’arrête pas là. Comme je menaçais de faire appel à la police, c’est lui qui le premier l’a fait venir. Un flic s’est présenté presque aussitôt. Il ne m’a pas adressé la parole, n’a même pas cherché à savoir de quel côté était la vérité. J’étais noir, donc j’avais tort. Je ne sais pas si en France les policiers sont plus aimables, mais ceux que j'ai rencontrés jusqu’ici en Europe n’étaient pas particulièrement bien intentionnés. Celui dont je vous parle m’est tombé dessus à bras raccourcis et m’a tellement abîmé l’épaule que j’ai été obligé de me faire soigner à l’hôpital et n’ai pas été en état de jouer ce soir-là. C’est insensé !

- ...Croyez-vous que cet incident est arrivé à cause de la couleur de votre peau ?

- Mais bien sûr ! Je pourrais vous raconter bien d’autres anecdotes comparables à celle-ci. Même vos chauffeurs de taxi ne cachent pas leurs préjugés raciaux. Hier, à mon arrivée, ils ralentissaient quand je leur faisais signe; mais, dès qu’ils s’apercevaient que j’ai le teint sombre, ils redémarraient aussitôt pour aller prendre le Blanc le plus proche.

- Votre opinion est en contradiction avec celle de la plupart des jazzmen que nous avons eu l’occasion d'interviewer. Pour eux, le racisme en Europe est loin d’être absent mais il n’est jamais systématique.

- De qui vous moquez-vous? Personne ne peut comprendre cet état de choses s’il n’est pas noir. Voulez-vous encore un exemple ? Hier soir, quand je suis entré dans cet hôtel, la réceptionniste m’a traité comme si j’étais le dernier des chiens. J’ai bien saisi son manège bien qu’elle ne parlât pas un mot d’anglais. Elle a discuté un instant avec le chauffeur et, rien qu’à son comportement, j’ai tout de suite compris ses sentiments à mon égard. Pour percevoir la haine, il n’est pas indispensable de savoir ce que les gens disent. L’hostilité se reconnaît souvent simplement au son de la voix. L’amour, la haine, cela s’exprime d’abord par des sonorités, des inflexions de voix, non des paroles. Vous, je ne vous déteste pas. Ce que je déplore, c’est cette situation dans laquelle je me débats. Je n’ai pas envie de parler. Pourquoi tenez-vous tellement à discuter avec moi ?

- Sans doute parce que nous pensons que cette conversation peut nous aider à comprendre certains aspects de votre musique.

- Pour moi, ce genre d’interview ne présente aucun intérêt. Aux Etats-Unis, il a été écrit sur moi plus d’articles que sur n’importe quel autre musicien; il n’empêche que je gagne moins d’argent que la plupart de mes confrères. George Wein est le premier manager qui soit parvenu à mettre sur pied une tournée européenne pour mon orchestre. Mais cette tournée a été mal organisée. Il a tellement rapproché les concerts qu’il a failli tuer mon trompettiste. J’ai dormi quatre heures en cinq jours. Je n’ai pas fait un véritable repas depuis trois jours. J’ai mangé un steak en cinq minutes à l’aéroport de Copenhague mais j’ai dû le laisser tellement il était mauvais. Wein, lui, a le temps de manger. D’ailleurs, il n’assiste même pas à nos concerts. Il préfère se balader avec une fille. Pour lui, la tournée est une partie de plaisir. Si on le forçait à adopter notre rythme de vie actuel, il n’accepterait jamais d’engager, dans de telles conditions, l’orchestre qu’il lui arrive de diriger. Aucun être humain ne peut faire du bon travail quand il ne dispose pas d’un minimum de temps pour récupérer de ses fatigues. Ne venez pas ensuite me demander ce qui est arrivé à mon trompettiste.

Source : http://www.jazzmagazine.com/Interviews/Dhier/mingus/Mingusitv64.htm

vendredi 29 février 2008

Gonzo - Instinct de mort et religion

Au moment où j’écris ces quelques mots, je me trouve à bord du vol TU 720 allant de Paris à Tunis. Actuellement, nous survolons le sud de la France et il y a quelques turbulences, l’avion tangue légèrement, mais rien de bien méchant. Certains passagers ont néanmoins eu des frayeurs… Une tunisienne a dit à la personne qui se trouvait derrière elle, qu’elle avait fait ses prières. Dans la salle d’embarquement, je l’avais déjà vue lire un petit coran comme ceux que l’on trouve près de la place de la Monnaie à Tunis. « Grand bien lui fasse », dirais-je…

Je me suis posé la question suivante : « Quelle est la nature du rapport entre la foi et la mort ? ». Les deux sujets peuvent paraître non liés de prime abord, mais j’ai remarqué que les personnes qui craignent le plus la mort sont parfois des croyants authentiques et pratiquants qui ne devraient, à priori, pas avoir peur de mourir, puisqu’elles ont foi en un au-delà merveilleux qu’elles n’ont cessé d’attendre toute leur vie. D’autre part, quand on s’interroge sur la naissance des religions, on ne peut occulter l’angoisse de la mort, ferment essentiel qui a sans doute poussé nos vieux ancêtres à élaborer des systèmes de croyance capables d’atténuer la peine qui naît naturellement lorsqu’un proche nous quitte. Mort et religion sont liés pour le meilleur et pour le pire ; l’édifice conceptuel religieux a souvent servi à fournir les meilleures raisons pour donner ou se donner la mort. Les dissidents étaient occis chez les Juifs (Jésus, Jean le baptiste), les Chrétiens (l’inquisition), et les Musulmans (la Ashoura). Les croyants menaient et continuent de mener des guerres saintes : génocides menés par Aron (le frère de Moïse), croisades, kamikazes musulmans, etc.

L’instinct de mort est-il le socle des religions ? Il est en tout cas manifeste que les religions ne mettent pas en avant la notion inverse, à savoir l’instinct de vie. Toutes les religions érigent des codes moraux assez sévères destinés à brider le plaisir et la jouissance que nous pouvons retirer de l’existence ; elles nous tracent un chemin de vertu destiné à rendre l’homme meilleur (ou plus malade selon Nietzsche) et elles guettent nos moindres faiblesses pour nous culpabiliser. Le coran ne cesse de menacer l’homme du châtiment suprême : le feu. Le christianisme dénonce la sexualité épanouie ; d’ailleurs ses sept péchés capitaux sont autant d’arguments en faveur de la nature répressive de la religion. Le judaïsme atteint des sommets avec les lois mosaïques énoncées dans le Lévitique. Même le bouddhisme n’est pas épargné puisque sa thèse principale est qu’il est possible d’atteindre l’état de sérénité en renonçant à tous les plaisirs terrestres et aux instincts. L’instinct de mort est l’élément le plus facilement détectable dans les textes religieux, mais il contrebalance certainement un instinct de vie somme toute assez chétif …

Les religions ont permis d’élaborer des lois qui ont régi nos sociétés et ont assuré la cohésion de nos divers peuples. Nous ne pouvons nier cela et nous rendons grâce à ceux qui les ont créées puis hissées au premier plan. Les religions n’ont-elles cependant pas atteint leurs limites en ces temps où les miracles qui assuraient leurs propagations nous semblent maintenant dérisoires ou bien sont-elles promises à une renaissance plus étincelante, à l’instar du Phénix qui s’éteint pour renaître de ses cendres ?

mercredi 27 février 2008

Tunisie, mon doux pays...


Source : http://tifosy.unblog.fr/2007/02/05/tunisie-septembre2005/

William Eggleston - Photo d'Elvis

"C'est en découvrant les travaux de Robert Frank et d'Henri Cartier-Bresson qu'Eggleston vient à la photographie, qu'il pratique d'abord en noir et blanc puis en couleur dès la fin des années 60. A partir de son environnement intime – la plantation familiale et la campagne du Tennessee, sa maison et les rues de Memphis - il se plonge dans une exploration sans fin de l’univers quotidien des gens qui, comme lui, vivent dans le Sud des Etats-Unis. Son intérêt pour le banal le rapproche de Walker Evans, mais sa vision du monde et son style l'en écartent sensiblement. William Eggleston photographie tout, sans distinction ni hiérarchie, et son approche très libre du sujet n’a rien à voir avec les vues frontales et sans effets du style documentaire. Contrairement à Evans, il surprend et déstabilise par des points de vues inattendus, des cadrages et des compositions hors des canons esthétiques et la présence insistante de la couleur."

Source : http://www.cnap.fr/

mardi 26 février 2008

Abou Nawas (an 815) - Pour l'amour d'un chrétien


Extraits de Abou NAWAS ( D.An 815)
D'après son œuvre "Le vin, le vent, la vie"

De bon matin, un faon gracieux me sert à boire.
Sa voix est douce, propre à combler tous les vœux.

Ses accroches cœurs sur ses tempes se cabrent.
Toutes les séductions me guettent dans ses yeux.

C'est un Persan chrétien, moulé dans sa tunique,
qui laisse à découvert son cou plein de fraîcheur.

Il est si élégant, d'une beauté unique,
qu'on changerait de foi - sinon de Créateur -pour ses beaux yeux.

Si je ne craignais pas, seigneur, d'être persécuté par un clerc tyranique,
je me convertirais, en tout bien et tout honneur.

Mais je sais bien qu'il n'est qu'un islam véridique....

Mikhaïl Bakounine & Dieu

« L'existence de Dieu implique l'abdication de la raison et de la justice humaine, elle est la négation de l'humaine liberté et aboutit nécessairement à un esclavage non seulement théorique mais pratique. »

« Considérez le chien apprivoisé, implorant une caresse, un regard de son maître : n'est-ce pas l'image de l'homme à genoux devant son Dieu ? »

« Dieu ne peut être ni bon, ni méchant, ni juste, ni injuste. Il ne peut rien vouloir, ni rien établir, car en réalité il n'est rien, et ne devient le tout que par crédulité religieuse. »

Infected Mushroom



Infected Mushroom est un projet musical israélien de trance psychédélique (Trance-Goa), fondé en 1996 par Amit Duvdevani (« Duvdev ») et Erez Aizen (« Erez » ou « I.Zen »). Avant de se rencontrer, Erez et Duvdev pratiquaient déjà la musique depuis leur enfance, en particulier le piano. Le nom du projet (qui signifie littéralement Champignon Infecté) est tiré d'un des groupes de punk rock dans lesquels Duvdev a joué et composé. Le premier album du groupe, The Gathering, sort en 1999 et devient un classique dans le genre. Infected Mushroom réalise ensuite d'autres albums qui remportent un succès croissant auprès du public, ce qui fait de ce duo israélien un des plus grands groupes de Psytrance. Ce succès est probablement dû en grande partie à l'accessibilité, mais surtout à l'éclectisme dont fait preuve le groupe, notamment dans l'album Classical Mushroom, sorti en 2000, où figurent des titres mêlant sonorités trance et instruments classiques (guitare, piano...). La richesse mélodique du duo est régulièrement acclamée mais c'est surtout la versatilité sonore du groupe, la qualité et l'originalité des sons utilisés dans leurs compositions qui leur confèrent un statut particulier chez certains fans. Parallèlement à ses créations, le groupe est en représentation permanente dans de nombreux pays à travers le monde, principalement en Israël, mais aussi dans les pays où la trance psychédélique est relativement populaire, comme au Brésil, aux États-Unis, en Allemagne ou au Portugal. En France le 1/1/2002 au grand dôme a Massy palaiseau. En 2004, le groupe quitte la banlieue de Tel Aviv pour s'installer à Los Angeles, afin de se rapprocher de son plus gros public (en Amérique du Sud et en Amérique du Nord), et pour enregistrer dans un studio plus performant. Ce voyage sera le début d'une évolution jugée importante par le groupe, avec notamment l'intégration comme nouveau membre d'Erez Netz, guitariste célèbre en Israël, et présentateur d'une émission consacrée à l'apprentissage de la guitare sur la télévision israélienne. Le dernier album d'Infected Mushroom, baptisé Vicious Delicious, sort le 26 mars 2007.


Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Infected_Mushroom

Interview : HR Giger par lui même


J'ai des influences littéraires plus que picturales, mon imaginaire a été nourri par des auteurs tels que Lovecraft ou Braham Stocker, ce qui ne m'empêche pas d'apprécier les œuvres de Bosch, Böcklin, Kubin, Dali, cela dit je préfère donner libre cour à mes propres visions...

Pour répondre plus précisémént à votre question, j'ai sans doute été influencé par les bas reliefs des Apsaras au Cambodge, également et surtout par l'atmosphère fantastique qui se dégage de la symbiose entre les racines des Fromagers géants et les temples à Ta Prohm, une atmosphère indéniablement Biomécanique (rires), en fait je pense que la vision moderne de l'architecture des sites angkoriens a profondément marquée l'inconcient collectif occidental !

Cinéma

Dès 68 j'ai travaillé sur des cours métrages pour montrer mon œuvre, vers 74-75 j'ai rencontré Christian Wander à un concert de Magma, il travaillait sur la musique de Dune, j'ai été contacté par Jodorowki pour participer au story-board du film, cela n'a pas abouti, finalement c'est David Lynch qui a réalisé le film. J'aime beaucoup le travail de Moebius, qui avait participé au story-board, cela fait assez longtemps que je ne l'ai pas rencontré.

Ensuite vous connaissez l'aventure Alien, j'ai participé à de nombreuses réalisations cinématographiques, j'ai fini par me lasser, d'autant que dorénavant je quitte très peu Zurich, l'éloignement rend très difficile toute tentative de contrôle sur le travail effectué et ces gens finissent toujours par faire n'importe quoi, je ne prête plus mon nom à ce genre d'expérience.

Musique

J'ai toujours apprécié le travail avec des musiciens, j'ai réalisé de nombreuses affiches et pochettes de disques, l'une des plus fameuses est celle de Frankenchrist des Dead Kennedys en 85, en fait il s'agissait du poster intérieur et non de la pochette. Jello Biafra avait choisi dans mon œuvre l'une des réalisation la plus extrème, Landscape XX au thème très érotique, je vous passe les détails, cela a fait scandale en Californie et a mis un coup d'arrêt à sa carrière.

Autrement j'adore le jazz, récemment j'ai travaillé avec Korn, j'apprécie leur musique et Jonathan Davis est très sympa.

Vjing

Pour tout vous dire, je travaille actuellement - dans le Giger bar à Zurich - avec Manu le malin, qui est un Dj Français membre du groupe Palindrome, il est aux manettes et je graph en temps réel, c'est du live, je trouve l'expérience d'ores et déja très intéressante, un projet Biomechanik est en cours.

Propos recueillis par A. Greinke
Décembre 2004

Le site de H. R.Giger : http://www.hrgiger.com/

dimanche 24 février 2008

Tiqqun - La théorie du Bloom


M. Bloom observait curieux et bonhomme, la souple silhouette noire. C'est si net: le lustre de son fourreau lisse, le bouton blanc sous la queue, le phosphore des prunelles vertes. Les mains aux genoux, il se pencha vers elle.
- Du lait pour la minouche!
- Mrkrgnaô!
On prétend qu'ils ne sont pas intelligents. Ils nous comprennent mieux que nous ne les comprenons.

JAMES JOYCE, Ulysse.

A cette heure de la nuit - Les grands Veilleurs sont morts. Sans doute on les a tués. C'est du moins ce que nous croyons deviner, nous qui venons si tard, à l'embarras que leur nom suscite encore à de certains moments. La faible lueur de leur entêtement solitaire incommodait par trop les ténèbres. Toute trace vivante de ce qu'ils firent et furent a été effacée, semble-t-il, par l'obstination maniaque du ressentiment. Finalement, ce monde n'a conservé d'eux qu'une poignée d'images mortes qu'auréole sa crapuleuse satisfaction d'avoir vaincu ceux qui étaient pourtant meilleurs que lui. Nous voici donc, orphelins de toute grandeur, livrés à un monde de glace dont nul feu ne signale l'horizon. Nos questions doivent demeurer sans réponse, assurent les anciens, puis ils avouent tout de même: "jamais nuit ne fut plus noire pour l'intelligence".

Hic et nunc - Les hommes de ce temps vivent au coeur du désert, dans un exil infini en même temps qu'intérieur. Pourtant, chaque point du désert s'ouvre à la croisée de chemins sans nombre, pour qui sait voir. Voir est un acte complexe; il réclame de l'homme qu'il se tienne éveillé, qu'il rentre en lui-même et parte du néant qu'il y trouve. Par là, les Veilleurs de l'aube prochaine se rendront familiers de cela même que l'armée en déroute de nos contemporains n'a d'autre affaire que de fuir. Comme tant d'autres avant eux, ils devront soutenir le venin et la rancœur de tous les dormeurs dont ils viendront troubler, par leur simple regard, le sommeil de masse. Ils connaîtront le despotisme des philistins et l'on tournera sur leur souffrance un aveuglement volontaire. Car en ces jours plus que jamais, "ceux qui ne comprennent pas quand ils ont entendu, ceux qui ressemblent à des sourds et dont témoigne la sentence: présents, ils sont absents" (Héraclite) ont pour eux le nombre et la puissance. Et ces hommes-là crucifient plus volontiers ceux qui viennent dissiper l'illusion de leur sécurité, que ceux qui la menacent véritablement. Il ne leur suffit pas d'être indifférents à la vérité. Ils la veulent morte. Jour après jour, ils exposent son cadavre, mais celui-ci ne se corrompt point.

Kairos- En dépit de l'extrême confusion qui règne à sa surface, et peut-être en vertu de cela précisément, notre temps est de nature messianique. A mesure que la métaphysique se réalise, nous voyons l'ontologique affleurer dans l'histoire, à l'état pur, et à tous les niveaux. En étroite relation avec cela, nous voyons apparaître un type d'homme dont la radicalité dans l'aliénation précise l'intensité de l'attente eschatologique. Et cependant que ce terme d'homme acquiert un sens qu'il ne pouvait jusqu'à présent avoir que sous l'aspect de l'idée dans les plus détestables systèmes, de très anciennes distinctions s'effacent. La solitude, la précarité, l'indifférence, l'angoisse, l'exclusion, la misère, le statut d'étranger, toutes les catégories que le Spectacle déploie pour rendre illisible le monde sous l'angle social, le rendent simultanément limpide au plan métaphysique. Elles rappellent toutes, quoique de façon différenciée, la complète déréliction de l'homme quand l'illusion des "temps modernes" achève de devenir inhabitable, c'est-à-dire, au fond, quand vient le Tiqqun. Alors, l'Exil du monde est plus objectif que la constante de gravitation universelle fixée à 6,67259.10-11 N.m2.kg2.

"Chacun, est à soi-même le plus étranger" - On a disposé entre nous et nous-mêmes un voile qui nous écarte de la vie et la rend impossible. Il en va identiquement du monde dont quelque chose nous sépare et nous barre l'accès. Quoique nous fassions, nous sommes projetés en marge de tout. Voilà l'essentiel. Il n'est plus temps de faire de la littérature avec les diverses combinaisons du désastre.

Jusqu'ici, on a trop écrit et pas assez pensé au sujet du Bloom.


Approche du Bloom - Pour l'entendement, le Bloom peut être défini comme ce qui en chaque homme demeure en dehors de la Publicité, et qui constitue donc aussi bien la forme d'existence commune des hommes singuliers dans le Spectacle, qui est le retrait accompli de la Publicité. En ce sens, le Bloom n'est d'abord qu'une hypothèse, mais c'est une hypothèse qui est devenue vraie: la "modernité" l'a réalisée; une inversion du rapport générique s'y est effectivement produite. L'être communautaire qui, dans les sociétés traditionnelles, s'affirmait en outre comme homme privé, comme homme singulier est devenu pour lui-même un homme privé qui s'affirme en outre comme être communautaire, comme être social. La république bourgeoise peut se flatter d'avoir donné la première traduction historique d'envergure, et tout compte fait le modèle, de cette aberration remarquable. En elle, de manière inédite, l'existence de l'homme en tant qu'individu vivant se trouve formellement séparée de son existence en tant que membre de la communauté. Tandis que d'un côté, celui-ci n'est admis à participer aux affaires publiques qu'abstrait de toute qualité et de tout contenu propres, en tant que "citoyen", de l'autre, et comme une conséquence nécessaire du premier mouvement, "c'est justement la où, à ses propres yeux comme aux yeux des autres, il passe pour un individu réel, qu'il est une figure sans vérité" (Marx, La question juive), car privée de Publicité. L'ère bourgeoise classique a ainsi posé les principes dont l'application a fait de l'homme ce que nous savons : l'agrégation d'un néant double, celui du "consommateur", cet intouchable, et celui du "Citoyen" - quoi de plus ridicule, en effet, que cette abstraction statistique de l'impuissance que l'on persiste a nommer "citoyen"? -. Mais celle-ci ne correspond qu'à la phase finale de la longue gestation du Bloom, où il n'est pas encore connu comme tel. Et pour cause, il fallut rien moins que l'effondrement, selon le concept, de la totalité des institutions bourgeoises et une première guerre mondiale pour l'accoucher. C'est donc seulement avec l'avènement du Spectacle, et la rentrée dans l'effectivité de la métaphysique marchande qui lui correspond, que l'inversion du rapport générique prend une signification concrète, en s'étendant à l'ensemble de l'existence. Le Bloom désigne alors le mouvement également double par lequel, à mesure que se perfectionne l'aliénation de la Publicité et que l'apparence s'autonomise de tout monde vécu, chaque homme voit l'ensemble de ses déterminations sociales, c'est-à-dire son identité, lui devenir étrangères, lors même que ce qui en lui excède toute objectivation sociale, sa pure singularité nue et irréductible, se détache comme le centre vide d'où désormais procède son être tout entier. D'autant plus la socialisation de la société projette l'intimité sous toutes ses formes dans la Publicité, d'autant plus ce qui reste en dehors d'elle, la part maudite de l'innommable, s'affirme comme le tout de l'humain. La figure du Bloom révèle cette condition d'exil des hommes et de leur monde commun dans l'irreprésentable comme la situation de marginalité existentielle qui leur échoit dans le Spectacle. Mais par-dessus tout, elle manifeste l'absolue singularité de chaque atome social comme l'absolument quelconque, et sa pure différence comme un pur néant. Assurément. le Bloom n'est, ainsi que le répète inlassablement le Spectacle, positivement rien. Seulement, sur le sens de ce "rien", les interprétations divergent.

(...)

Pink Floyd - Echoes (Meddle 1971)

Immobile, l'albatros surplombe les airs
Et au creux des vagues déferlantes,
Dans les dédales des récifs de corail,
L'écho d'une marée lointaine
Résonne à travers le sable
Et tout est verdoyant, sous-marin

Et personne ne nous a montré ce royaume
Et personne ne sait où ni pourquoi
Mais quelque chose remue et s'agite
Et amorce son ascension vers la lumière

Des étrangers passent dans la rue
Par chance, deux regards se croisent
Et je suis toi et je me vois en toi.
Devrais-je te prendre par la main
Et te guider à travers le royaume
Et m'aider à comprendre de mon mieux.

Et personne ne nous demande de partir
Et personne ne nous force à baisser les yeux
Et personne ne parle ni même n'essaie
Et personne ne vole autour du soleil

Chaque jour sans nuage te guide vers mes yeux endormis,
M'invitant et m'incitant à me lever.
Et à travers cette fenêtre,
Viennent sur leurs ailes de lumière,
Un million d'ambassadeurs incandescents du matin.

Et personne ne me chante de berceuse.
Et personne ne me fait fermer les yeux.
Alors j'ouvre grand la fenêtre
Et je t'appelle par delà le ciel.

jeudi 21 février 2008

Dali - La tentation de St Antoine

Gonzo - Le syndrome [H]ouse

Le "[H]ouse syndrome" est une réelle bénédiction dans le domaine médical… Les philistins et les rats de bibliothèque n’ont sans doute jamais entendu parler de ce singulier syndrome que ne mentionne aucun de nos manuels. House représente une bouffée d’oxygène pour notre art, une lumière qui nous guide et nous pousse à ne pas perdre l’étincelle d’originalité qui fait de nous des êtres humains à part entière. Gibran Khalil Gibran écrivait : "Celui qui définit sa conduite d’après des principes emprisonne son oiseau siffleur dans une cage." Dans leur exercice, les médecins ressemblent de plus en plus, aujourd’hui, à des techniciens surqualifiés ou à des automates savants. Le conformisme reste de règle dans notre caste ; une voie fade et hiérarchisée a été balisée par nos prédécesseurs, une voie à laquelle il est impossible de déroger. Dr lambda est propre sur lui et parfois imbu de sa personne, il aime que sa blouse soit bien repassée et respecte un serment qui lui commande de "sauvegarder sa profession […] par la chasteté et la sainteté" (ou bien par la pureté et le respect des lois selon d’autres traductions).

Dans la série [H]ouse (produite par la Fox), Dr Gregory House, brillant et talentueux médecin de son état, n’a que faire du regard d’autrui. Depuis l’accident vasculaire qui a touché sa jambe droite, il est devenu accro à la Vicodin (un analgésique) et sa vision du monde médical a radicalement changé. Il n’aime plus rester au chevet de ses patients et rechigne même à donner des consultations ; seule le motive encore la résolution des cas épineux. Un odieux personnage me diriez-vous, il n’en est rien… Sous une épaisse carapace, se cache un des médecins les plus généreux et les plus altruistes. Original, non conventionnel, hors norme, voilà le charme de l’homme et du docteur House, riche de toutes ses fêlures.

Au cours de mes stages hospitaliers à Tunis, il m’est parfois arrivé de croiser de rares médecins qui avaient une telle aura. J’en citerai deux : le Pr. B.M., ancien de service de médecine interne et le Pr. B.A., chef de service de réanimation. Le premier est un homme petit et frêle, au pantalon trop court, craint par les externes mais pour qui j’éprouvais énormément de sympathie. La légende, vraie ou fausse, voudrait qu’il ait validé le stage d’un étudiant qui aurait séché le staff en disant de celui-ci que c’était un homme, un vrai. Des blagues circulent aussi à son sujet, comme celle de l’interne qui, présentant un dossier, aurait bafouillé : « TR douloureux ; hépatomégalie… » Le Pr. B.M. n’aurait pas raté l’occasion, il aurait répondu du tac au tac : « en enfonçant un peu plus ton doigt, tu n’aurais pas palpé une sinusite aussi ? ». Le Pr. B.A. est, quant à lui, plus posé. Barbe de trois jours à la Gainsbourg, une petite figurine phénicienne accrochée sur sa blouse, il impose le respect et sème la terreur dans le service d’urgence qui est sous sa responsabilité. Contrairement à d’autres médecins qui pavanent en Mercedes, lui préfère rouler en New Beetle ; on le voit rarement dans le service de réanimation, il se terre généralement dans son bureau ou assiste à une conférence aux Etats-Unis.

Moi qui suis un multirécidiviste du redoublement, je ne peux raisonnablement prétendre rivaliser un jour avec de tels hommes qui sont, par ailleurs, de véritables cracks dans leurs domaines respectifs. Néanmoins, ils me donnent de l’espoir et m’amènent à croire en la possibilité d’une médecine plus humanisée. Je les remercie pour l’exemple qu’ils nous donnent à tous.

mercredi 20 février 2008

Gonzo - A Tracey Emin

A Tracey Emin

Je me suis abandonné à mes draps,
J'ai renoué avec mes anciens songes,
Bacchanales dionysiaques...

Quelle est cette puanteur sacrée,
Cet encens putride ?

J'ai rêvé de la Sainte Putain,
J'ai rêvé de son corps décomposé.

J'ai erré la nuit durant,
Disséquant mes lointains souvenirs.
J'ai pleuré comme un enfant,
J'ai pansé mes blessures...